« Hellspawn : intégrale », collectif

Pour fêter les 25 ans d’Image Comics (et donc de « Spawn »), cette édition intégrale de « Hellspawn » est tout sauf de l’événementiel creux mais bien au contraire une intention éditoriale plus que bienvenue, proposant enfin une édition complète et homogène de ce spin-off très horrifique de « Spawn » qui était épuisé depuis déjà quelque temps en France.

Entre août 2000 et avril 2003 sont sortis 16 numéros de « Hellspawn » chez Image Comics (publiés en France chez Semic entre 2002 et 2004 dans 3 albums souples, puis dans la revue Les Chroniques de Spawn chez Delcourt en 2007-2008) : 8 ans après les débuts de « Spawn », son créateur Todd McFarlane accepta qu’un autre auteur que lui puisse raconter qui est Al Simmons, son héros expiatoire infernal au succès insolent. Un nouvel espace créatif via un spin-off ouvrant le champ des possibles… mais pas le premier à avoir été réalisé. En effet, et qui plus est, Brian Michael Bendis n’était pas étranger à la série phare de Todd McFarlane lorsque le premier numéro de son « Hellspawn » parut : il signait les scénarios de « Sam & Twitch » depuis déjà un an, et il le fera encore jusqu’en février 2001. Donc, les deux collaborations de Bendis à l’univers de « Spawn » se chevauchèrent pendant quelques mois, témoignant de son attachement à l’écriture de ces histoires où il put extraire de la continuité de la série régulière deux grandes facettes de ce comic emblématique, tendant à exprimer l’essence même des genres du polar et de l’horreur.

Dialogues à couper au couteau ou emplis d’ironie mordante, désespérée ; narration fragmentée par des thèmes prégnants (amour, secte, racisme, malédiction, violence…) ; et bien sûr dimension infernale, démoniaque et humainement tragique de l’œuvre originelle : autant d’éléments mis en scène par Bendis de manière franche et inspirée. Cette atmosphère pétrie d’une grande noirceur, engendrant une angoisse latente, ne pouvait être exprimée avec efficacité que par un artiste de l’ombre et de l’incandescence, ce qui fut heureusement le cas. Car côté dessin, « Hellspawn » se démarque du style très dessiné de la série originelle avec une nouvelle équipe artistique venue d’Australie : Ashley Wood puis Ben Templesmith, tous deux maîtres du clair-obscur et des matières ténébreuses engendrant le flou, le néant puis l’apparition, et donc l’effroi.

On peut même dire qu’ici la forme transcende le fond, tellement la puissance du spectacle visuel offert par Ashley Wood hypnotise le lecteur et lui glace le sang. Dans la grande tradition horrifique, ce n’est pas forcément ce qui est montré qui fait le plus peur, mais souvent ce qui est dans l’ombre, ce dont nous ne voyons pas l’entièreté, ce que l’on devine ou extrapole. Et lorsque Wood nous révèle les choses, c’est toujours avec ce talent de la déformation, de l’hyperréalisme déviant, de la couleur qui devient matière, de l’ellipse et de la révélation brutale. Une pure merveille vénéneuse, un théâtre horrifique des ombres et des lumières, nous immergeant totalement dans les ténèbres. Ben Templesmith prendra la relève avec talent, générant des images fortement contrastées, outrancières, exprimant les corps et les visages au sein de halos et de matières colorées. Ces deux artistes ont aussi insufflé un érotisme trouble rendant la noirceur d’autant plus sulfureuse… Ajoutons qu’Ashley Wood avait déjà officié sur « Spawn » en 1999 (« De sang et d’ombres »), que Steve Niles (qui prit le relais de Bendis sur « Hellspawn » au n°7) allait s’attaquer au fameux « 30 Days of Night » en 2002 avec Ben Templesmith, et enfin que Bill Sienkiewicz signe l’encrage du chapitre 4. Couvertures et autres visuels inédits concluent ce beau volume intégral que je vous conseille vivement si vous aimez trembler.

Cecil McKINLEY

« Hellspawn : intégrale », collectif

Éditions Delcourt (34,95€) – ISBN : 978-2-7560-8681-1

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