« Yuko » par Ryoichi Ikegami

Ikegami fut l’un des premiers auteurs de manga à être publié aux États-Unis avec « Mai the Psychic Girl ». En France, il a également fait partie de cette première vague de traductions avec ses séries sur la mafia japonaise : « Crying Freeman » (1995 chez Glénat) et « Sanctuary » (1996 chez Glénat). C’est en 1999 que sort, chez Tonkam, une anthologie des « Nouvelles de la littérature japonaise » en manga. Trois de ces histoires se trouvent rééditées aujourd’hui dans un énorme recueil mélangeant des thèmes fondamentaux : la vie, la mort et inévitablement, le sexe. Auteur incontournable, au trait réaliste, il reste trop peu connu en France ou les mangas adultes ont plus de mal à devenir des best-sellers.

Avec « Yuko », Ryoichi Ikegami est à la fois dessinateur et scénariste. C’est assez inhabituel pour être souligné, la plupart du temps, il se concentre sur le dessin et laisse à d’autres personnes le soin de développer les histoires. Les onze récits, dont huit inédits, qu’il nous présente ici sont pourtant dans la même veine que ses travaux habituels. Les lecteurs fidèles ne seront pas déstabilisés, même s’il a su apporter une touche très personnelle aux récits. Point d’histoire de yakuzas, mais plutôt une mise en scène des relations difficiles et souvent conflictuelles que les hommes et les femmes peuvent avoir.

L’histoire qui introduit le livre et lui donne son titre est aussi la plus récente (1999). Elle raconte les mésaventures d’un jeune dessinateur de mangas un peu mièvre qui, ayant perdu au mah-jong, doit persuader sa femme à poser pour son ami : un peintre érotique spécialiste des traitements cruels infligés aux femmes, soumisses et attachées. La suite n’est que business et échanges cruels. Les dix autres récits sont de nouvelles réalisées entre 1991 et 1998, toutes prépubliées au Japon dans Big Comics et ici présentées de la plus récente à la plus ancienne.

Virtuose du dessin réaliste, Ikegami sait mettre en valeur ses personnages, aussi bien masculins que féminins. Même si le scénario exige des scènes crues ou violentes, elles ne sont jamais vulgaires. Somptueusement mis en images, ces histoires d’amour à l’érotisme soft vont droit au but avec des conclusions inévitables, assez convenues, mais toujours mélancoliques, voire tragiques. Les femmes ont souvent le pouvoir sur les hommes et elles en abusent, qu’elles soient courtisanes de l’époque Édo, princesses, professeures ou simples femmes au foyer.

Si la première édition en français de certaines de ces histoires chez Tonkam (en 1999) n’avait pas été extrêmement bien soignée et avait surtout une couverture fort peu attirante, cette version Delcourt/Tonkam est elle très luxueuse. Couverture cartonnée, jaquette, ruban doré comme signet, un nombre conséquent de pages, 448, et une impression en noir et blanc soignés sur un papier épais. De quoi mettre en valeur le travail méticuleux d’Ikegami et de ses assistants. On regrettera juste que les planches en couleurs n’aient été reproduites qu’en noir et blanc quand on voit les illustrations quadri, somptueuses, en début d’ouvrage.

Voilà un livre digne de trôner dans une belle bibliothèque pour les amateurs de mangas, les amoureux de l’Asie et de bonne littérature, ici, illustré de main de maître.

Gwenaël JACQUET

« Yuko » par Ryoichi Ikegami
Éditions Delcourt/Tonkam (19.99 €) – ISBN : 978-2-7560-8637-8

Galerie

Les commentaires sont fermés.