Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...Il était une fois « Idées noires »…
« Gaston Lagaffe » est né en 1957 dans l’hebdomadaire Spirou, André Franquin nous quittait en 1997 et les « Idées noires » ont débarqué en 1977 dans Le Trombone illustré : autant de bonnes raisons pour que 2017 s’annonce comme l’année Franquin !
Alors que l’exposition « Gaston : au-delà de Lagaffe » vient de s’ouvrir à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou (visible jusqu’au 10 avril prochain), que l’hebdomadaire Spirou compte bien faire la fête à « Gaston Lagaffe » tout au long de l’année 2017, pour son 60ème anniversaire (on en reparlera), Fluide Glacial revient sur les « Idées noires », l’une des dernières créations du génial dessinateur belge, né en 1924.
Facette sombre de l’œuvre d’un créateur dépressif selon certains ou simple plaisir de faire des grimaces, craintes du vieillissement, de la maladie, du cercueil, selon l’auteur qui déclarait « “Idées noires” : c’est Gaston trempé dans la suie ».
En humaniste jovial et drôle qui ne se prend pas au sérieux, Franquin s’attaque aux politiques cyniques, aux bétonneurs, aux militaires galonnés, et à tous ceux qui concourent à détruire la planète.
Fluide glacial, qui a hébergé dans ses pages certaines de ces « Idées noires » (jusqu’en 1983) après la disparition prématurée du Trombone illustré, consacre un superbe numéro Série Or à ce chef d’œuvre de l’humour noir, dont les thèmes inquiétants n’ont, hélas !, pas pris une ride. C’est le parcours de l’auteur, tout au long des années 1970 et 1980, qui est ici évoqué grâce aux témoignages de proches et d’amis comme sa fille Isabelle, le récemment disparu Gotlib (qui lui avait ouvert les pages de Fluide glacial), Frédéric Jannin, Daniel Goossens, Edika, Philippe Foester… mais aussi d’auteurs de la nouvelle génération : Jean-Yves Ferri, Fabrice Erre, Yan Lindingre, Pixel Vengeur… Outre la reprise de nombreuses « Idées noires », dessins, photos et documents inédits illustrent cet ouvrage.

Ainsi, il propose habilement aux admirateurs de Franquin de (re) découvrir la facette la plus sombre de l’œuvre du dessinateur de « Spirou et Fantasio » et du créateur de « Gaston Lagaffe ».
« Dès la première Idée noire, Franquin a l’air de dire : “Attention, là ce n’est plus de la rigolade comme avant !” Il annonçait la couleur, c’est-à-dire le noir et le blanc… » : une réflexion, signée du regretté Gotlib, lequel résume parfaitement les « Idées noires ».
Cet ouvrage immanquable sera proposé en deux versions : brochée en kiosques le 22 décembre (6,95 €), cartonnée en librairies le 18 janvier (19,90 €, avec un complément de vingt pages).














