Tout juste auréolées du Prix René Goscinny du jeune scénariste (pour « Les Cheveux d’Édith », également chez Dargaud, mais avec Dawid au dessin), les prolifiques autrices en ouvrages jeunesse ou romans young adult que sont Fabienne Blanchut et Catherine Locandro nous racontent, dans ce qui n’est que leur deuxième bande dessinée, comment, entre silences et non-dits, a basculé la vie de Frédérique, alors qu’elle avait à peine 13 ans. Basé sur leurs trajectoires personnelles, cet attachant et délicat récit intime, somptueusement mis en images par l’Italien Thomas Campi, nous amène en Corse-du-Sud. À l’occasion de vacances en famille, pendant un été bien particulier de 1985, la fillette comprend qu’elle grandit et qu’elle est différente, car elle prend doucement conscience de l’attirance qu’elle développe pour une serveuse du restaurant du village…
Lire la suite...« L’Appel » par Dominique Mermoux et Laurent Galandon
Un matin, une mère célibataire découvre la chambre de son fils vide : sur son ordinateur, dans un message vidéo, ce dernier lui annonce qu’elle ne doit pas s’inquiéter, qu’il est heureux et qu’il a trouvé sa voie : il est parti faire le Djihad en Syrie, rejoindre l’État islamique. Comment en est-il arrivé là ? Comment n’a-t-elle pu s’apercevoir de rien ? Passés les interrogations et le choc, elle décide de mener l’enquête…
Spécialiste de ce genre de sujets sensibles (« Shahidas » chez Grand Angle-Bamboo) ou de romans graphiques croisant actualité et problèmes sociétaux (« Vivre à en mourir », « Lip, des héros ordinaires » ou « Le Contrepied de Foé »), le scénariste humaniste Laurent Galandon, père de trois garçons, ne pouvait qu’être ému par la radicalisation de ces jeunes qui partent se battre dans un pays inconnu, séduits par des thèses terroristes. Il met l’accent sur le fait que même des adolescents issus de la classe moyenne, de race blanche et n’ayant aucune relation avec la religion, peuvent aussi basculer et tomber dans le piège de ces organisations islamistes extrêmes.
Dans le cas de « L’Appel », il s’agit d’une famille décomposée, d’un père absent, d’un manque de communication… Internet et ses dérives ne sont pas les seuls fautifs ! Il suffit d’un croisement d’événements particuliers, d’une vigilance pas assez exercée (pour différentes raisons)… et le mal est fait.
Cette fiction sur l’incompréhension évite habilement les leçons de morale et est vraiment touchante ! En effet, dès les premières pages, le lecteur compatit totalement à l’inquiétude et aux tourments de cette mère en quête du moindre indice qui attend, seule chez elle, les yeux rivés sur un téléphone qui reste silencieux…
Le dessin sobre et efficace de Dominique Mermoux participant entièrement à l’intérêt de cette mise en cases et en bulles d’un thème qui, aujourd’hui, nous interpelle tous…
Gilles RATIER
« L’Appel » par Dominique Mermoux et Laurent Galandon













