Grand Prix d’Angoulême 2010, Hervé Barulea, qui signe Baru (1), est né le 29 juillet 1947, à Villerupt (un bled de la Meurthe-et-Moselle, en Lorraine). Ado dans les années 1960, il découvre le rock`n`roll par l’intermédiaire de juke-box laissés dans les cafés après le départ de militaires américains des bases du coin, quand la France est sortie de l’OTAN. Comme l’auteur de « L’Autoroute du soleil » le déclare pour présenter ce nouveau diptyque : « Le rock`n`roll, ça reste encore et toujours ma réserve d’énergie ! » Dans ce premier volume de 140 pages tendres et drôles, et un brin nostalgiques, Baru s’intéresse à cette « musique du diable » — qui est loin d’être une musique de vieux réservée aux baby-boomers — et à ses icônes qui ont fait vibrer sa jeunesse, et toute sa vie… à travers des anecdotes vécues ou des récits fictifs, évoquant notamment les Rolling Stones, mais aussi les Yardbirds, les Who, Vince Taylor…
Lire la suite...« Nuit noire sur Brest » par Damien Cuvillier, Bertrand Galic et Kris
L’Histoire, incroyable mais vraie, est toujours plus forte que la fiction ! Cette sentence se vérifie une nouvelle fois dans les 80 pages du one-shot « Nuit noire sur Brest », surprenant récit méconnu d’un sous-marin républicain réfugié dans le port de Brest en 1937, pendant la guerre d’Espagne. Immanquablement, entre commandos franquistes, espions fascistes, sympathisants communistes locaux et politiques de tous bords, la température grimpe rapidement… Échafaudé par Kris et Bertrand Galic d’après une nouvelle de Patrick Gourlay, ce récit d’espionnage éclaire sous un angle original et passionnant une France malmenée par la fin du Front Populaire, dans un climat proche de l’affrontement civil.
Ayant déjà exhumé la mémoire ouvrière brestoise des années 1950 en compagnie d’Étienne Davodeau dans « Un homme est mort » (Futuropolis, 2006), Kris récidive ici sur un thème finalement voisin : braqué sur l’activité portuaire de la cité bretonne d’avant-guerre, en un temps et une mémoire qui furent ensuite durablement effacés par les 165 bombardements subis entre 1940 et 1944, le récit réactive l’histoire du « vieux Brest ». Pour se faire, les scénaristes se sont donc appuyés sur l’essai « Nuit franquiste sur Brest », écrit par l’historien Patrick Gourlay en 2013. Ce dernier racontait de manière romanesque comment, en septembre 1937, un sous-marin ibérique C2 fit irruption à l’improviste dans un port de guerre français !
Lorsque Franco, placé à la tête de l’Armée d’Afrique, déclenche la lutte contre le pouvoir républicain, la flottille de sous-marins (alors stationnée à Carthagène et aux Baléares), se retrouve déchirée entre pro et antifranquistes. Dépendants les uns des autres, équipages et officiers hésitent toutefois à prendre ou laisser abruptement le contrôle de leurs vaisseaux. Endommagé par un bombardement ennemi survenu fin août, commandé par Jose Luis Ferrando Talayero (pourtant favorable à Franco), le C2 quitte la zone des combats et part se réfugier en France. Les insurgés franquistes, ne disposant pas de sous-marins opérationnels (ils feront appel à leurs alliés allemands et italiens pour couler les ravitaillements républicains maritimes) vont dès lors tenter un coup de force potentiellement gratifiant en terme de propagande nationaliste. En France, les franquistes trouvent un appui aisé dans l’extrême-droite, qui cherche par tous les moyens à barrer la route au « péril rouge ». Un commando hétéroclite est monté, composé de fascistes, d’hommes de la Cagoule (organisation secrète radicalisée)… avec la complicité du propre commandant du C2. L’affaire échouera lamentablement. Le sous-marin rejoindra toutefois Carthagène en août 1938. À bout de souffle, dans un contexte international très tendu, le Front Populaire ne prendra qu’à peine le temps de condamner les principaux inculpés. Sans en dire plus, nous renvoyons naturellement les lecteurs au scénario du présent album ainsi qu’au dossier très complet figurant en fin d’ouvrage, qui leur permettra de découvrir tous les tenants et aboutissants de cet improbable fait divers.
Dès sa couverture, « Nuit noire sur Brest » instaure son climat quelque peu inquiétant et délétère, en lorgnant autant du côté du récit policier (la silhouette du privé ou du commissaire à l’ancienne, la pipe – façon Maigret – au coin de la bouche) que du roman d’espionnage : notons qu’en se détachant sur les docks de la rade de Brest et en surplombant un sous-marin en train de faire surface, dans une atmosphère entre chien et loup, l’inconnu aiguille le lecteur vers le second registre. Riche d’enseignements, le paratexte précise le lieu, le contexte et la trame scénaristique. Le terme « Nuit noire », apparent pléonasme inutile, vient au contraire insister sur le lourd climat historique et politique de cette fin 1937, triste prélude aux véritables « Années noires » de la Seconde Guerre mondiale.
Rejoignant de récentes parutions reliées à la guerre d’Espagne (citons par exemple « Dolores » de Bruno Loth (La Boîte à bulles, 2016), « España la vida » de Maximilien Le Roy et Eddy Vaccaro (Casterman, 2013), « Les Temps mauvais » de Carlos Gimenez (Fluide Glacial 2013), « Le Convoi » de Denis Lapière et Eduard Torrents (Dupuis, 2013) ou « L’Art de voler » d’Antonio Altarriba et Kim (Denoël Graphic, 2011)), « Nuit noire sur Brest » contourne la sanglante description des affrontements entre républicains et nationalistes pour s’intéresser, comme nombre de titres évoqués, aux conséquences et aux traumatismes vécus par les victimes de ce conflit. En illustrant cette fiction historique fidèle à 90 % à la réalité de l’époque, Damien Cuvillier récréé à merveille le Brest d’avant-guerre : pour l’occasion, le dessinateur picard aura effectué de nombreux repérages dans la cité du Ponant, sur le port, le long du cours Dajot (promenade surplombant la rade) et même à bord d’un véritable sous-marin nucléaire ! Aujourd’hui disparu, l’ancien dancing de L’Ermitage aura quant à lui pu être reconstitué à partir de photos anciennes et d’une maquette réalisée par l’ancien propriétaire. D’atmosphère et de gueules, il est également question au fil de cases et de narratifs en voix-off qui décrivent à merveille une ville brumeuse, grouillant de barbouzes, d’ouvrier syndiqués, de prostitués et d’hommes n’aspirant qu’à en découdre.
Loin d’abandonner leur protagoniste et leur sujet, les coauteurs imaginent déjà les remettre en scène dans des albums ultérieurs. Kris et Bertrand Galic évoqueront également de nouveau la guerre d’Espagne dans le prochain tome de la série « Sept », à paraître chez Delcourt en janvier 2017 (« Sept athlètes ») : à Barcelone, en 1936, différents sportifs pris au piège vont prendre les armes pour défendre leurs idéaux communs…
Philippe TOMBLAINE
« Nuit noire sur Brest » par Damien Cuvillier, Bertrand Galic et Kris
Éditions Futuropolis (16, 00 €) – ISBN : 978-2-7548-1556-7
























Bonjour,
Je rédige actuellement un article pour la revue Sub-Marine sur l’affaire du C-2. Vous affichez sur votre site une photo avec les six sous-marins de la classe C à la page http://bdzoom.com/104806/lart-de/%C2%AB-nuit-noire-sur-brest-%C2%BB-par-damien-cuvillier-bertrand-galic-et-kris/. Pourriez-vous m’indiquez votre source et si je peux utiliser cette photo pour illustrer mon article.
Merci
Bien cordialement
Jean-Yves le Lan
Tél. 02 97 86 05 18