« Le Premier Meurtre » par P. Craig Russell et Neil Gaiman

Au sein de cette rentrée peu excitante – à mon goût, malgré quelques bons titres à venir – en termes de comics, cette semaine encore je vais vous parler d’une réédition qui vaut assurément le coup d’œil : celle d’un album publié en 2003 chez feu Semic, intitulé « Les Mystères du meurtre », et qui reparaît aujourd’hui sous le titre « Le Premier Meurtre ». Une édition joliment augmentée qui ravira tout fan de Neil Gaiman… et de Russell.

Je ne dirai que peu de choses sur cet album, tant il est concis et ne peut être décrit sans déjà trop le dévoiler… mais sachez tout de même qu’il s’agit au départ d’une pièce radiophonique de Gaiman, ensuite adaptée en bande dessinée. On le sait, outre l’écriture et le dessin (et donc les comics et les livres illustrés), Gaiman a toujours aimé aborder d’autres territoires, d’autres expériences, y compris dans le son avec des participations à des albums musicaux, des enregistrements audio de ses propres livres ou encore des pièces écrites spécialement pour la radio – exercice à la fois vintage et moderniste qui correspond bien à un certain esprit de l’auteur. Que ce soit P. Craig Russell qui ait adapté cette pièce radiophonique n’est pas vraiment une surprise, l’artiste américain étant un compère de longue date du scénariste anglais, que ce soit au sein de comics ou justement dans l’adaptation de certains de ses textes en bande dessinée (comme « L’Étrange Cas de Nobody Owens » récemment publié par Delcourt, par exemple).

Ça commence comme une chronique intime, un jeune homme anglais qui débarque à Los Angeles, un peu perdu, rencontrant une femme et un semblant d’amour, puis – et surtout – un homme, un soir, sur un banc. L’homme porte sur son visage les marques d’une vie longue et usante, mais n’a pas perdu toute malice. Partageant une cigarette, l’homme mûr va raconter à l’homme en devenir l’histoire de sa vie, et elle s’avère plutôt surprenante, puisque ce c’est bien celle d’un ange, un ange de Dieu, comme dans l’Évangile. À travers son récit vont poindre un certain nombre de questions, de réflexions, qui vont s’entrechoquer avec la nature des humains. Ainsi en est-il du droit d’aimer… Mais aussi onirique soit-elle, la tragédie reste la tragédie, et il sera bien question du tout premier meurtre de l’histoire de l’humanité et de ses croyances, où même un ange peut être assassiné…

C’est avec un immense plaisir qu’on lira ou relira ce récit aussi court qu’ouvert à tous les ressentis, symptomatique de l’univers de Neil Gaiman où la rencontre entre contemporain et archaïque fait si souvent mouche grâce à un jeu de passe-passe aussi imaginatif que malin, dressant des passerelles entre croyances, surnaturel et regard lucide sur notre quotidien, carrefour de tous les possibles où l’humain n’est jamais oublié, avec tendresse mais aussi cruauté. Quant à Russell, il aborde cette œuvre dans un style simple et souple, plus limpide que sombre. L’intérêt de cette réédition, c’est aussi, surtout, bien sûr, ce copieux dossier qui clôt le récit, nous plongeant « dans les coulisses de la création ». Planches, crayonnés et scénario y sont commentés par Durwin S. Talon, avec de nombreux témoignages de P. Craig Russell qui revient sur l’élaboration de son travail sur cette œuvre. Un trésor pour les fans… S’ajoutent à tout ceci quelques croquis, planches, recherches qui parachèvent cette réédition en beauté. Très chouette !

Cecil McKINLEY

« Le Premier Meurtre » par P. Craig Russell et Neil Gaiman

Éditions Delcourt (15,95€) – ISBN : 978-2-7560-8108-3

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