Quel beau récit en bande dessinée que ces bouleversantes « Mémoires d’un garçon agité » : l’histoire d’un gamin émotionnable d’une dizaine d’années qui a décidé d’arrêter de grandir et de se raconter, à l’aide de la vieille machine à écrire familiale. Ce refuge dans l’écriture est le seul moyen qu’il a trouvé pour essayer de stopper le temps : pour oublier le fait de se sentir responsable, ainsi que la douleur subie devant l’anéantissement de ce qui était jusque-là sa vie. Le sensible dessin à la Sempé de Valérie Vernay et cet attachant personnage qui retrace des anecdotes de sa courte existence pourraient nous faire penser au Petit Nicolas, mais le propos du scénariste Vincent Zabus — par ailleurs poète et dramaturge — est tout autre : l’humour n’est là que pour dissimuler la gravité du sujet.
Lire la suite...« Witchazel T1 : Witchazel et le sort du Wlouf ! » par Elric et François Darnaudet
D’emblée, on sent que la lisibilité, tant graphique que narrative, est le maître mot de cette nouvelle série zoomorphique enfantine au charme certain, tellement il est aisé de passer d’une case à l’autre. Les situations s’enchaînent d’ailleurs avec une rare efficacité : on sent que les auteurs ont lu, relu et assimilé leurs classiques !

Diplômée en sorcellerie, la jeune mulote Hamamélis quitte mère et sœur pour prouver qu’elle peut gagner sa vie en s’établissant comme jeteuse de sorts en tous genres. Hélas ! Comme elle est trop gentille et trop inexpérimentée, aucun client ne se précipite dans son officine de la Lagune brune : territoire composé d’îlots où elle a élu domicile.
Avec l’aide du père Duchêne et du chat Pristi, aimable gondolier qui n’a d’yeux que pour elle, elle décide de se vieillir, de changer de nom et de raison commerciale, en devenant Witchazel, la plus grande sorcière ! Affublée d’une perruque grise et de haillons, elle impressionne désormais les badauds qui commencent à affluer, en lançant quelques sorts aux alentours.
Tout irait donc dans le meilleur des mondes, si le chat Pitau ne lui apprenait pas, deux jours plus tard, que son ami Pristi est en prison, accusé d’avoir volé la baronne des Trois-Crics…
Il y a du « Sibylline » dans ce réjouissant conte animalier rempli de sympathiques jeux de mots ! Rien d’étonnant à cela, quand on sait que les auteurs du remarqué « Harpignies » (ouvrage paru chez Paquet, et Kramiek est l’une des quatre autres entités du groupe Paquet) vouent une grande admiration à l’univers champêtre des séries de Raymond Macherot. Préférant cependant créer leur propre univers, ils entraînent leur héroïne dans une première enquête fort bien rythmée où apparaissent le notaire hibou Deficelle, le chat Perlipopette ou la Pie Lélectrique : ouaf, ouaf, ouaf ! Les jeunes (mais aussi les vieux) lecteurs en redemandent !
À partir du 8 septembre, on pourra aussi retrouver l’agréable dessin minimaliste d’Elric dans une autre intrigue tout aussi burlesque, également remplie de jeux de mots et mettant en scène une autre mignonne petite souris (journaliste, celle-là), dans « Trivial pour cuite » : une farce contemporaine — inspirée, cette fois-ci, par les BD de Carl Barks ou de Floyd Gottfrerdson, et clairement destinée aux aux plus grands — qui va être publiée par l’association Onapratut dans leur nouvelle collection Alambic.
N’hésitez pas à payer votre tournée, ce petit ouvrage carré, qui a la taille d’un sous-bock, n’excédera pas le prix d’une pinte (7 €) !
Gilles RATIER
« Witchazel T1 : Witchazel et le sort du Wlouf ! » par Elric et François Darnaudet
Éditions Kramiek (10 €) – ISBN : 978-2-88936-041-6














