« Promenade des Canadiens » par Carlos Guijarro et « Insoumises » de Rubén et Javier Cosnava

Pour beaucoup, la Costa del Sol, la côte sud de l’Espagne , ce sont les plages et les vacances. Et pour certains, l’occasion de découvrir une très belle balade en bord de mer pour marcher ou courir, inaugurée en 2006 : El Paseo de los Canadienses, en toute innocence, en toute ignorance surtout, car en 1937, c’était une tout autre histoire…

En février 37, en pleine Guerre civile espagnole, la région connut un drame d’une ampleur incroyable et pourtant encore aujourd’hui en grande partie méconnu. Ce paseo fut surnommé le « sentier de la mort » et 150 000 hommes, femmes et enfants fuyant la folie nationaliste du Général Queipo de Llano, tentèrent d’y trouver leur salut en rejoignant Almeria. Malaga était tombée et il fallait fuir coûte que coûte.

Queipo de Llano, en militaire sanguinaire, fit tout pour exterminer la population, ces « Rouges » qui résistaient. L’album raconte de façon détaillée cette longue marche sans nourriture et sous le bombardement d’avions ou de bateaux longeant la côte. Et pourtant ce massacre n’a pas les honneurs de l’histoire. Malaga n’est pas Guernica qui eut lieu deux mois plus tard,  mais il participe de la même ambition de  Franco de « purifier » l’Espagne de tout ce qui était républicain, marxiste ou anarchiste, en l’occurrence à Malaga avec les troupes de Mussolini. Alors qu’à Malaga, la répression s’acharnait sur ceux qui n’avaient pas fui, la mort fauchait ceux qui voulaient protéger leur vie. Au milieu de cette barbarie sans nom, un nom justement, celui de Norman Bethune (1890 – 1939), sorte de médecin sans frontières avant l’heure, qui organisa avec ses assistants une unité canadienne de transfusion de sang et sauva les vies qui pouvaient l’être. Il sera dès  le premier à raconter « le crime de la route Malaga – Almeria ».

Pour son premier album, un peu raide graphiquement, Carlos Guijarro fait œuvre d’historien et de reporter interrogeant les témoins et compulsant les archives, reconstruisant peu à peu le drame révoltant de cet épisode méconnu.

C’est l’occasion d’évoquer « Insoumises » d’un duo d’auteurs espagnols qui racontent le destin de trois femmes en trois chapitres évoquant tour à tour la révolte des Asturies (1934), la fin de la Guerre civile espagnole (1938) et la Libération de la France (1939-1945). Le trait de Rubén Del Rincon est dynamique et magistral et le scénario loin de se limiter à un récit historique est d’abord une histoire féminine, sur l’amitié, l’homosexualité, la liberté, le combat, le courage… Bref, un très bel album des éditions du Long Bec.

Didier QUELLA-GUYOT  ([L@BD-> http://9990045v.esidoc.fr/] et sur Facebook).

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« Promenade des Canadiens » par Carlos Guijarro

Éditions Steinkis (18 €) – ISBN : 979-1-09009-095-8

 « Insoumises » de Rubén et Javier Cosnava

Éditions du Long Bec (17 €) – ISBN : 979-10-92499-27-8

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